1. Présentation générale

Ophrénie Théâtre présente Cendres un processus de recherche théâtrale construit autour de la mémoire et de l’espace, où plutôt de nos mémoires et de nos espaces. Cette recherche où se mêlent théâtre et danse Butô implique pour chaque acteur du projet de tisser sa propre partition au milieu de photographies, d’objets du quotidien, d’objets de l’enfance, de papiers administratifs, de lettres, de vêtements, d’archives de tout genre… Chacun devient tour à tour archéologue de son propre passé, ethnologue des us et coutumes de ses contemporains, inventeur d’histoires oscillant entre souvenirs précaires et invention de soi.

Il s’agit pour chacun d’adapter sa propre histoire à de nouvelles formulations imaginatives, un peu à la façon des artistes plasticiens (Christian Boltanski) qui dans les années 1970 ont lancé la voie des « œuvres-récits ». Comme eux, nous mettons en « jeu » nos petites mémoires : des histoires où s’invente un personnage dans sa mythologie de tous les jours. Où se dessinent des portraits: de soi, de l’autre, de tous. Une mémoire commune que l’on aménage dans un dispositif scénique, un « musée-installation » où le spectateur-visiteur est invité à s’immerger, à se projeter et se reconnaître. Un « environnement » où s’écrit le drame, où s’échouent des personnages rassemblés par le destin, le hasard ; où se cumulent des tranches de vie bientôt balayés par l’oubli.

 

DSC03032 REDUIT4

 

Des ombres indéterminés, seules, debout.

Elles ne viennent pas des coulisses mais d’un ailleurs, comme on dirait de « derrière le miroir ». D’un terrain vague où la terre et le ciel se confondent dans un gris cendre. Où il n’y a pas de bruit. Où rien ne bouge. Et puis, là, des petits corps du même gris que la terre et le ciel.

Des ombres debout qui attendent, se décident et entrent.

Dans un entre-deux à la fois onirique et circonscrit. Le lieu de l’inventaire et de la poussière. Un cimetière où se sont échoués des morceaux du passé, où se télescopent des restes de souvenir. Une anti-chambre abritant les enveloppes des corps dormants, passagers, amoureux, inquiets. Une pièce « musée », éphémère, meublée d’un ensemble d’objets, de photographies, d’archives. Autant de marques dans l’espace qui, selon leur placement et leur relation entre elles, confessent les drames de chacun des personnages.

Des ombres qui se croisent, se heurtent, se souviennent et se perdent.

Des ombres à l’image de nos propres fantômes. Elles nous prennent à témoin. Ne sont-elles pas les résidus de notre mémoire qui s’est consumée ? Ne circulent-elles pas dans les replis de notre histoire commune ? Ne percent-elles pas l’intimité de notre for intérieur ?

Les ombres s’éloignent avec la même qualité d’énergie qui rendait vivante leur venue. Leurs démarches et leurs mouvements sont fonctions de notre regard de spectateur qui les a attirées et qui les maintient captives de l’espace mémoire. Elles retournent vers cet extérieur – du théâtre et du monde.

 

Direction artistique // Stéphane Cheynis

Avec // Boris Alessandri, Sarah Dropsy, Odile Gantier, Jos Garnier, Laurianne Pirozzelli, Emmanuel Ragasse, Lucile Teche

 

montage-2montage-4 montage-5montage-3montage-6 montage-1