2. Présentation générale

Cloîtrée entre les quatre murs de la Chambre blanche, enclos cellulaire hors du monde, le matricule n°187 VH devrait être une femme sans aucune singularité. Une femme interchangeable dans un costume noir ; une femme aux pas feutrés, aux petits gestes rabotés, effacés, nivelés, aux yeux baissés, au visage lisse. Une femme soustraite ou offerte au désir masculin, à Dieu, aux autorités politiques, économiques, morales…

Les sons de cloche et ordres en tout genre d’une sentinelle électronique scandent la vie quotidienne de la pensionnaire, du lever à la nuit suivante, jour après jour, selon un horaire répétitif, un emploi du temps strict, immuable, codifié de manière très précise et pour ainsi dire minuté.

Il faut apprendre à la pensionnaire n°187 VH à « mourir au monde » et « à soi-même » ; à être dépossédée de son rythme, de son espace, de son jardin secret, de son esprit. C’est une « mort lente », de tous les jours et de tous les instants. Vers une obéissance douce et parfaite, un silence sans rébellion intérieure et sans murmure.

Pourtant, la femme recluse franchit les limites de son corps-enceinte. Véritable périple pour celle qui cherche désespérément à vivre le secret, le caché, à puiser dans l’intimité de ses ressources physiques pour toucher une chose liée à son destin.

Tentative de sortir de soi-même, histoire de danser avec son propre fantôme, de renouer avec des lambeaux du passé, des paysages intérieurs où il est question de l’attente, de la faute, de la blessure, de la sexualité, du désir, du repentir, de la solitude, du précipice, de l’enfant perdu, du voyage impossible, du dehors.

La dramaturgie de Regula s’articule autour d’une collecte d’archives, de documentaires, d’entretiens, de lectures, de films, de recherches iconographiques. Il s’agit pour nous d’élaborer un creuset d’images et de récits relatifs au thème de la clôture et des règles qui la régissent. Nous interrogeons les œuvres de Margaret Atwood, Albertine Sarazin, Grisélidis Réal et plus particulièrement d’Emma Santos.

Le personnage de la pensionnaire n°187 VH porte les échos de ces récits de femmes aux portraits brouillés qui ont physiquement et moralement disparu du monde derrière une clôture : femmes internées, religieuses, pensionnaires, filles de justice, prostituées ou prisonnières…

Regula est un processus de création où se mêlent théâtre et danse Butô. Il nous faut parfois écrire avec du vent, ne jamais cesser de parler, parfois au contraire quitter la dimension des mots pour celle du silence, du geste dansé, des crispations organiques, du vide, des vibrations internes proche du précipice.

Mise en scène : Stéphane CHEYNIS

Interprétation : Anne-Lise LODENET

 

 

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